Vers un « campus numérique » au service de la QVT dans la Coopérative d’Activité et d’Emploi

Interview de Charlotte Dudignac (Coopérer pour entreprendre) par Vincent Mandinaud (ANACT), suite à son passage dans la 1e session du Transformateur numérique.

Qui est Coopérer pour Entreprendre ?

Coopérer pour entreprendre est le premier réseau national des coopératives d’activités d’emploi (CAE), avec 74 coopératives sur l’ensemble du territoire national, et 7000 à 8000 entrepreneurs présents en permanence. Ces CAE se présentent comme une forme contemporaine de l’évolution du salariat et de la progression du travail indépendant, qui apportent une réponse désirable aux transformations du travail : refaire solidarité via des organisations plus collectives, un statut juridique sécurisant…. Après 20 d’expérimentations, les CAE ont été reconnues par la loi de juillet 2014, mise en œuvre depuis janvier 2016. Les pratiques ont fait leurs preuves, sans pour autant être pleinement portées politiquement, et véritablement sécurisées d’un point de vue économique ; une tendance renforcée par la baisse des financements publics et l’entrée en vigueur de la loi NOTRe.

En quoi la transition numérique est-elle un enjeu stratégique ?

C’est dans ce contexte de changement que la question numérique se pose pour Coopérer pour entreprendre, avec le souhait de mettre en œuvre une transition dans notre organisation, tout en soutenant le droit à entreprendre dans de bonnes conditions (ancrage territorial et mixité des financements) et en affirmant nos valeurs de solidarité (entreprendre dans de bonnes conditions est un droit pour tous). Nous avons tout d’abord élaboré une première feuille de route de notre stratégie numérique, qui prend en compte de nombreuses dimensions : la production, les services, les savoirs, la gouvernance, la communication, la culture… Sur cette base, le Fond pour l’Amélioration des Conditions de Travail, obtenu en juin 2016, nous a permis de poser un jalon central en soutenant l’expédition Gestion Radieuses menée actuellement par le cabinet Plausible Possible, avec comme visée de simplifier les relations administratives en CAE.

Quelle forme et quel rôle pour un « campus numérique » ?

Dirigeants comme équipe d’appui en conviennent : rares sont ceux qui ont aujourd’hui le sentiment de maitriser le numérique, tout en s’accordant sur le fait la digitalisation de l’entrepreneuriat leur impose de reprendre la main sur les compétences pour éviter une nouvelle fracture entrepreneuriale. Restait à savoir comment faire ? C’est là qu’émerge le « Campus » : un projet et une démarche de conduite du changement pratiques, à petits pas ! L’idée du Campus, c’est de soutenir le développement d’une culture d’usages en outillant les entrepreneurs, c’est-à-dire en les réunissant dans un espace numérique autour de problématiques de leur quotidien, dans une visée de résolution de problèmes. Sur le campus, on pourrait par exemple obtenir des réponses des autres membres sur les services de signature numérique, sur la protection de ses datas professionnelles… Le Campus nous permettrait également d’identifier des personnes ressources dans le réseau et les mobiliser comme « transformers » internes plutôt que de miser sur une digitalisation par le haut.

En quoi votre passage par le transformateur vous a-t-il été utile ?

Pour nous, ces sessions sont tombées à point nommé. Elles ont été l’occasion de consolider un projet à peine ébauché. Cette démarche nécessite des moyens pour permettre un véritable accompagnement, une l’animation de communauté digne de ce nom, de la recherche-action, de la capitalisation et du transfert de pratiques et de savoir-faire. A nous de trouver les bons partenaires pour poursuivre notre réflexion et probablement nous placer dans une configuration d’innovation agile.

Ces sessions nous ont surtout fait prendre conscience de la nécessité de faire de la QVT un axe beaucoup plus central de notre réflexion stratégique. Jusqu’alors, la qualité de vie au travail en CAE allait de soi, la quête d’un « mieux vivre » est l’une des premières motivations des entrepreneurs à nous rejoindre. Pour autant, la question de savoir de quelle manière les CAE impactent la QVT reste entière. Limitent-elles les risques ou contribuent-elles au contraire à en créer de nouveaux ? Les pratiques collaboratives, aujourd’hui parées de toutes les vertus, peuvent-elles conduire à de nouveaux risques ? Quelles tensions spécifiques la cohabitation entre personnes de statuts différents (entrepreneurs, équipes d’appui) peut-elle générer ? Non seulement nous ne pouvons pas nous soustraire à ces interrogations mais surtout, nous disposons d’un incroyable terrain d’exploration autour de la question de la QVT des travailleurs indépendants, qui n’a jamais été abordée en tant que telle, et pourrait s’avérer plus que nécessaire pour les années à venir .
Le Campus numérique pourrait se doter d’une nouvelle fonction de laboratoire de la QVT pour pouvoir régulièrement, en partenariat, se projeter comme un terrain d’expérimentation, d’analyse de pratiques, réaliser des études, tester des façons de faire, etc.

Et la suite ?

Nous allons dans les prochaines semaines lancer un chantier numérique important autour d’une communauté interne élargie (entrepreneurs inclus). Cet outillage est le socle technique de base pour « horizontaliser » notre organisation, renforcer les relations entre « pairs » et nous poser en condition de devenir une très belle communauté apprenante.

En parallèle, nous allons poursuivre nos démarches exploratoires autour de la QVT chez les entrepreneurs, et pourquoi pas contribuer à faire « dégonfler » le discours ambiant et moralisateur du collaboratif, qui somme toute, reste assez peu coopératif … Pour y parvenir, ces réflexions ne doivent pas être produites hors sol, mais être co-construites avec le terrain, et en premier lieu avec les dirigeants, qui sont à la fois objet et sujet de la QVT.
Nous organisons donc une journée professionnelle sur le sujet au mois de juin auprès des dirigeants de notre réseau, en partenariat avec l’ARACT Ile de France. Cette journée pourrait se poursuivre par une expérience pilote approfondie dont les résultats, publiés, pourraient donner lieu à quelque chose de récurrent autour des liens entre pratiques collaboratives et RPS.

Le champ est ouvert !

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